Depuis la fin des colonialismes espagnol et portugais au début du 19e siècle, l’histoire de l’Amérique latine a été profondément marquée par la présence des forces armées dans la sphère politique. Certains pays ont connu, à répétition, des coups d’État impliquant des militaires. En Bolivie, par exemple, 200 coups d’État ont été perpétrés en autant d’années d’indépendance. Le Brésil, quant à lui, n’a connu que deux coups d’État militaires depuis son indépendance en 1822. Cependant, le coup de 1964 a ouvert la voie à un régime militaire qui a duré 20 ans.
Dans ce contexte historique caractérisé par l’instabilité et la violence politique récurrente, un État se démarque : le Costa Rica. Après une guerre civile qui a suivi une élection contestée en 1948, les dirigeants de ce petit pays de l’Amérique centrale ont tenu un pari des plus risqués. En effet, dans le but d’assurer la pacification et la stabilité démocratique du pays, il fut décidé d’abolir unilatéralement les forces armées et de dévier vers la santé et l’éducation les ressources englouties dans la défense. C’est pourquoi la Constitution de 1949, toujours en vigueur, stipule l’absence de forces armées permanentes et son remplacement par une police entièrement sous contrôle civil. Ses responsabilités se limitent à surveiller les frontières et à assurer la défense nationale et l’ordre public. Concrètement, on estime que moins de 0,5 % du P.I.B. du pays est ainsi alloué à la sécurité. Soixante ans après cette décision historique, force est de constater que les dirigeants du Costa Rica ont gagné leur pari.
Premièrement, même si l’isthme centro-américain a été déchiré par des guerres civiles d’une violence inouïe au cours des années 1960, 1970 et 1980, le Costa Rica n’a jamais été attaqué par ses voisins et a pu préserver son régime démocratique. À la même époque, le Guatemala, le Salvador et le Nicaragua voisins se sont enlisés dans des conflits atroces fauchant des centaines de milliers de vies. Deuxièmement, le Costa Rica a continué à creuser l’écart avec ses voisins et à se maintenir parmi les pays latino-américains les plus développés. Pour reprendre une expression de son président actuel et récipiendaire du Prix Nobel de la Paix en 1987, Óscar Arias Sánchez, voilà le genre de résultat qu’on obtient quand les enfants se promènent dans la rue avec des livres sous le bras plutôt qu’avec des armes.
Pour certains historiens, l’exception costa-ricaine s’explique par une faible proportion de population autochtone sur son territoire, ce qui a permis le developpement de relations sociales plus égalitaires et moins conflictuelles et ce, même durant le colonialisme espagnol. Cela est sans doute vrai. Mais un fait demeure : le développement particulier du Costa Rica s’explique aussi par des décisions courageuses prises par des dirigeants politiques préoccupés par le bien-être de la population et guidés par des idéaux pacifistes.
Entre 2003 et 2008, les dépenses militaires ont augmenté de 91 % en Amérique latine pour atteindre la rondelette somme de 47 milliards de dollars américains. Bien sûr, la lutte contre le crime organisé et le remplacement d’appareils vieillots servent à expliquer une partie de ces dépenses. Néanmoins, pendant que des pays comme le Vénézuela ou le Chili continuent à dépenser dans la défense comme au bon vieux temps de la Guerre froide, le Costa Rica continue à investir dans l’éducation et à ne pas avoir d’ennemi, réel ou imaginaire. Pendant que plusieurs croient que pour avoir la paix il faut préparer la guerre, le Costa Rica démontre plutôt que pour avoir la paix, il faut préparer la paix.


Commentaires récents