La question de l’équilibre vie-travail est souvent présentée comme une question au féminin, mais il n’en est rien. Bien que la discrimination systémique fondée sur les responsabilités familiales, c’est-à-dire une discrimination neutre en apparence qui se traduit en l’impossibilité de progresser et d’être reconnu en raison d’un apport en temps moindre que ceux entièrement consacrés au travail et sans responsabilités familiales, touche le plus souvent les femmes, il demeure que les hommes sont également victimes du manque d’avenues au sein de plusieurs entreprises pour marier adéquatement le travail avec les autres aspects de leur vie. Cette discrimination se présente sous le couvert des chances égales : à talent égal, toute personne qui consacre l’entièreté de son temps à son employeur obtiendra de l’avancement, qu’elle soit homme ou femme. Or, dans les faits, le caractère discriminatoire de cette approche est indéniable, lorsqu’on constate l’absence de femmes dans les sphères décisionnelles. Et celles qui y sont présentes ne sont pas toujours un message d’espoir pour la nouvelle génération de femmes puisque plusieurs d’entre elles y sont parvenues en sacrifiant leur projet familial. Il s’agit donc d’un modèle qui encourage toujours le père pourvoyeur et la mère à la maison. Nous sommes donc toujours à la case départ.
Dans le modèle traditionnel de la carrière, le père pourvoyeur travaille très fort dans un poste sous pression et prestigieux. Il est entièrement consacré à cette carrière et se fie à son épouse pour s’occuper des responsabilités familiales. Ce rôle s’explique entre autres par le fait que la rentabilité des entreprises est souvent servie par un engagement total envers celles-ci. Les clients ont des besoins 24 heures sur 24. Le nombre élevé d’heures de travail contribue à la rentabilité, rendant impossible de concilier le travail et la famille. Du point de vue de l’entreprise, ce n’est donc pas nécessairement rentable de faciliter cette conciliation : baisse de productivité par individu, davantage de gestion des ressources humaines, de coordination et de modèles d’horaires flexibles, etc. Le modèle encourage ainsi la poursuite d’un seul intérêt, l’avancement de l’individu et de l’entreprise. Dans un tel contexte, le rôle du père pourvoyeur au sein de sa famille, vu le peu de temps dont il dispose, consiste à fournir ce dont la famille a besoin. Ce rôle, lorsqu’on s’y attarde, est tout aussi problématique que celui de la femme qui ne peut travailler et s’accomplir en raison de l’entièreté des responsabilités familiales.
En effet, plusieurs hommes pourvoyeurs font aujourd’hui le bilan et ont l’impression d’avoir raté une partie de leur vie. Ils n’ont pas connu leurs enfants, et leurs liens avec eux se limitent dans plusieurs cas à pourvoir, ce qui n’est ni humain ni valorisant. Il faut donc arrêter de ne parler que des femmes, les hommes n’y gagnent pas beaucoup. Dans plusieurs cas ce sont les enfants qui ont payé le prix en termes d’attention et de développement. Les enfants en question, nous le savons, ce sont nous. Et je ne parle pas de la collection de divorces de plusieurs de ces pères pourvoyeurs.
La participation en société via le travail est une composante essentielle de notre cohésion sociale et de notre productivité, et constitue un droit fondamental des femmes. Le décrochage de carrière, un chemin que plusieurs femmes de qualité empruntent lorsqu’elles réalisent l’étendue de cette discrimination et le fait qu’elles doivent accepter des responsabilités en deçà de leurs connaissances, de leur expérience et de leur potentiel lorsqu’elles deviennent enceintes ou tentent de conjuguer famille et carrière, doit prendre fin. Il peut sembler bizarre de discuter de ces questions à nouveau en 2008, mais le problème est bel et bien réel dans plusieurs milieux professionnels. Il est dans notre intérêt collectif de faire réaliser aux femmes leur plein potentiel, et la réussite de ce défi passe par les hommes, tant dans le milieu familial que professionnel.
GEDI


29 juil 2009 @ 22:34
Il est vrai que les femmes sont moins présentes dans certaines sphères de décision. Toutefois, la femme ne s’en tire pas si mal que ça sur le marché du travail.
Les femmes Québécoises auraient gagnées 75.4% du Salaire des hommes en 2002 :
http://www.stat.gouv.qc.ca/publications/conditions/pdf2005/donn_sociale05c6.pdf
Mais selon statistique Canada, les femmes Canadienne travailleraient 61% des heures des hommes :
http://www.statcan.ca/francais/freepub/12F0080XIF/2006001/tables/tab1_qc_f.htm
(Colonne : “Population”; Ligne : “1. Travail rémunéré et activités connexes”)
(2,7/4,4 heures/jour)
Je suis bien contente que ce soit le nombre d’heures de travaille qui a été relevé comme problème dans ce texte. Dans les média et la politique, on ne donne pas l’heure juste au niveau des salaires des femmes en ne parlant pas du nombre d’heures travaillées.
Personne ne va pouvoir régler les problèmes si on crée des lois qui ne ciblent pas le bon problème. Par exemple la loi sur l’équité salariale qui demande une augmentation du salaire des femmes sans tenir compte du nombre d’heures.
25 juil 2009 @ 22:41
La suède a réglé le problème des femmes sur les comités d’administrations des entreprises en menaçant de passer une loi.
L’action des nouvelles conjointes en parle dans une consulation parlementaire :
http://diffusion.assnat.qc.ca/video/cas/cas200802191503.wmv
13:10
“Le président du conseil de l’égalité de la Suède a envoyé un message aux entreprises de la Suède demandant au conseille d’administration des entreprises de faire 50-50 au niveau homme/femme. Sinon une loi serait passé. Au bout d’un an, le pourcentage est passer de 15% à 40%.”
Un autre fait interressant du vidéo est que l’Action des Nouvelles Conjointes du Québec s’appelait l’Action des Nouvelles Conjointes et Nouveaux Conjoints du Québec. Ils ont changé de nom suite à une pression des médias qui ne voulaient pas entendre parler des besoins des hommes.
Il y aurait donc selon eux du sexisme contre les hommes dans les médias.
29 sept 2008 @ 9:59
Bonjour!
Les femmes se sont battues pour atteindre l’égalité et, bien qu’elle ne soit pas à 100% atteinte encore, bien du progrès a été fait en ce sens. Je les en remercie! Je suis papa à la maison tandis que ma copine gagne notre revenu famillial.
C’est bien beau de jaser des valeurs de la société et des changements sociaux dont nous aurions besoin, mais dans le fond, c’est un débat relativement stérile. Les hommes peuvent sans problème s’occuper de leur foyer et famille en 2008; il n’en tient qu’à eux et à leur conjointe de prendre cette décision. La société évoluera en fonction des choix personnels, plutot que l’inverse! Si on attend que la société change et nous propose de belles options sur des plateaux d’argent, on risque d’attendre longtemps.
ciao, j’ai une couche à changer.
29 sept 2008 @ 0:10
Chacun ses forces, la femme peut fournir le meilleur a son petit de facon prioritaire pendant les 3 premieres années de vie. Bien sur, cela doit se faire de facon concertée avec le pere: il devra faire en sorte que celle-ci ne soit pas laissée “derriere”, à cause de la mission dont elle se trouve investie et qui est si primordiale pour l’enfant… et la famille.
De tout temps, c’est une question simple de priorisation: qu’est-ce qui compte le plus pour moi? Alors les multiples réponses de l’un et l’autre des conjoints doivent se confronter avant de DONNER la vie, car cet engagement durera un bon bout de temps. Idem pour la mise en priorité des besoins ou désirs matériels: si on est pas pret a faire des concessions et réduire drastiquement les dépenses pour la venue des petits, ou encore avoir planifié des économies substantielles pour compenser le retrait pour un temps du marché du travail, des problemes d’équilibre familial, conjugal et personnel se pointeront. Il n’y a que 24 heures dans une journée et la quantité d’ouvrage excessive, pour l’un ou l’autre des conjoints fera sauter la baraque. Le stress doit se canaliser et se réduire au minimum, pour le bien-être de tous…
Finalement, papa et maman devront trouver maniere de faire ce qui doit l’être, de facon harmonieuse, dans le respect de chaque tache, sans négliger ou ridiculiser celle tant vitale que s’occuper de ses enfants.
28 sept 2008 @ 23:24
Pour moi, le problème est vraiment la conciliation travail-famille. Dès le moment où une femme se mets a travailler, elle doit faire le choix entre sacrifier sa carrière pour ses enfants, ou bien l’inverse. C’est une situation qui est dommage puisqu’elle ne permet pas aux femmes de se développer sur tous les plans. Une femme peut avoir tous les postes qu’elle désire, mais dès qu’elle tombe enceinte, elle va perdre au moins la moitié de tous les acquis qu’elle a fait lorsqu’elle va reprendre le travail. De plus, elle va devenir une sorte d’esclave à la maison, parce que les hommes n’ont pas encore appris à s’impliquer. Ils ont le droit à un congé de paternité, mais encore bien peu s’en prévalent. Et en plus pour ne rien améliorer à la situation, on n’arrête pas de dire à quel point les hommes ne peuvent rien faire dans une maison, parce qu’il le font mal. En réalité, les hommes peuvent autant s’impliquer que les femmes dans l’éducation des enfants. Et puis on n’oublie toujours dans ce discours l’importance du père dans une famille. Tant et aussi longtemps que les homme ne prendront pas le 50% dans les tâches de la maison, il y aura toujours une inégalité flagrante. Ha oui, une dernière chose, qu’on laisse tomber les stéréotypes tellement ancrés dans notre société qu’on ne s’en rend même plus compte.
29 mai 2008 @ 11:48
Je ne pense pas que le temps passé à la maison est du temps improductif, au contraire. Je milite pour que les pères qui désirent passer du temps à la maison puissent le faire, et que les mères puissent poursuivre une carrière, si elles le désirent. Il n’y a donc pas de problème avec un père qui travaille et une mère à la maison pour autant. Ce pourquoi nous militons, c’est l’absence de discrimination systémique : nous voulons que chacun soit libre de faire ses choix sans faire l’objet de discrimination ou de marginalisation sur la base du sexe. Pour reprendre les mots de Catherine, que chacun soit libre de s’autodéterminer pour trouver un « équilibre individuel »; nous sommes convaincus que l’équilibre collectif ne s’en portera que mieux.
Je prends le temps de vous remercier pour ces commentaires et le temps investi. Si vous voulez en parler davantage, n’hésitez pas à me contacter.
Paul
24 mai 2008 @ 20:02
Selon moi l’ère du père pourvoyeur est révolue. Les femmes sont émancipées et il s’agit de choix individuels tant pour la femme que l’homme. Ce qu’il faut éviter c’est de penser que nous sommes des superman et superwoman qui pouvons tout faire en même temps et tout réussir. Il faut faire des choix et la maturité nous apprend à vivre avec.
21 mai 2008 @ 4:29
A la lecture de l’article, et du commentaire qui le suit, je ne peux que constater le manque de cohésion dans la perception de l’apport du travail et de la place qu’occupe le travail dans la vie d’une personne au XXIe siècle.
Nous sommes éduqués à percevoir la scolarité universitaire comme la seule clé correspondant à la porte d’un avenir prometteur. Il est naturel que nous souhaitions voir fructifier les énergies que nous avons investies dans ces dix années suivant l’école secondaire. Et pas seulement en terme de salaire, mais surtout d’accomplissement de soi.
Je pense que la pression ressentie provient de l’idéal d’accomplissements qui doivent être cumulés dans la courte période 25-35 ans: vie de couple épanouie, enfants en pleine forme, maison à notre goût, carrière au sommet.
Il nous faut réaliser que ces accomplissements sont ceux d’une vie entière. La définition de nos priorités est appelée à changer selon l’évolution de ces étapes. Femme ou homme, nous aspirons tous à donner un sens à notre vie par des efforts qui ne soient pas vains, autant sur le plan personnel que professionnel. Il faut s’accorder du temps, être à l’écoute de soi et de son entourage, et réviser ses attentes lorsque cela est nécessaire.
Pour être productif, il faut être sain. Comme société, il nous faut favoriser les familles davantage et le temps qu’elles passent réunies, en accordant plus de vacances annuelles, par exemple. L’équilibre individuel - santé mentale, éducation, valeurs solides - assure l’équilibre social.
15 mai 2008 @ 14:45
Bonjour,
Votre article me laisse perplexe. Bien entendu, n’importe quel individu qui se consacre entièrement à son travail, peut réussir et avoir de l’avancement mais lorsqu’on décide de fonder une famille, et non seulement “avoir des enfants”, des sacrifices s’imposent et notre génération devrait en tenir compte et l’accepter. Arrêter un peu de s’attarder à la guerre des sexes et voir les réalités de la vie comme elles sont.
Passer quelques années avec ses enfants pour s’assurer que leur fondation soit solide, n’est pas du temps “improductif” même si sa valeur ne réflète pas en chèque de paye.
Avez-vous des enfants? Savez-vous à quel point une mère est plus utile à la maison qu’un père? Le liens est vicéral et aucun père, aussi attentionné et “rose” soit-il ne pourra allaiter son petit..
Les nouveaux pères, même les pourvoyeurs, ont la chance de pouvoir s’impliquer énormément dans toutes les sphères du développement des enfants. Même les grandes compagnies commencent à réaliser que la réalité des nouveaux pères n’est plus la même qu’il y a 30 ans et s’adaptent.
Uné réévaluation de reconnaissance de la place de la femme au foyer ou de la consolidation travail/famille est absolument nécéssaire selon moi. . Les jeunes québécois dans la trentaine sont entrain de bousiller complètement nos prochaines générations en s’arrêtant à des questions de genre et de performance plutôt qu’à l’enjeu réelle qui est, selon moi: L’avenir de la relève. La nôtre, pas celle des boomers.
Bonne journée,
Geneviève