Archives de la catégorie Culture
APPEL À TOUS - L’Homo culturalis – entre identité et produit culturel
L’objectif de Génération d’Idées est de proposer des idées nouvelles, des solutions concrètes en lien avec les enjeux et thèmes abordés. Vos textes devront être rédigés dans cet esprit. Nous vous invitons à soumettre articles et oeuvres (700 mots) d’ici le 15 janvier 2010 à redaction@generationdidees.ca. Lire la suite »
Pour eux, pour nous
Posté par Adelina Feo dans Culture, Société, vieillissement de la population le 28 janvier 2009
Pour notre génération, le vieillissement de la population a une connotation de fardeau. Nous nous voyons supporter toute l’économie avec peu d’effectifs afin d’assumer les coûts montants des frais de santé et de retraite de nos aînés.
J’aimerais amener un point de vue différent au débat. Plusieurs me diront utopique et naïve dans mon approche. Soit! Si l’on n’ose pas regarder les choses d’un œil radicalement différent, pouvons-nous vraiment nous considérer comme une génération d’idées?
Je vis dans une communauté crie de la Baie-James depuis trois ans. En arrivant avec mon bagage de réadaptation de Montréal-Nord, j’avais encore la mentalité selon laquelle il fallait pousser nos personnes âgées à demeurer actives et indépendantes le plus longtemps possible. Il était inacceptable de les laisser aller et de les servir. Ici, plus je poussais, plus on me regardait comme si je n’avais aucun respect pour l’âge de ces personnes. Ici, les personnes âgées sont des « anciens » et on écoute ce qu’ils ont à dire. Ici, il était complètement acceptable de ne plus rien faire. Bien sûr, plusieurs anciens mènent une vie active dans le bois, en chassant, en cuisinant dans leurs tipis et en ramassant du bois. Mais on respecte le rythme de chacun et on lui offre assistance selon ses désirs.
Je comprends que nous avons si peur de la vieillesse (et j’inclus les personnes âgées dans ce « nous ») que nous nous obligeons à continuer nos activités, à tout prix, afin de maintenir un niveau de performance qui nous garde une place en société.
En fait, ce qu’on perçoit comme le « problème » du vieillissement découle de nos définitions de la famille et de la santé.
Chez les Cris, la famille prend le sens de « communauté ». Nous ne trouvons pas de personnes âgées vivant seules dans des 3½ insalubres, loin de leurs familles, incapables de sortir pour faire l’épicerie ou pour voir des amis. Les personnes âgées vivant dans des résidences se retrouvent devant un problème majeur d’isolation du reste de la société. Cette isolation mène souvent au déclin fonctionnel dû à l’inactivité, à l’ennui, à la dépression, au déclin cognitif précoce, à la malnutrition… Chez les Cris, même si l’activité diminue considérablement avec l’âge, on n’est jamais seul. On fait toujours partie d’une communauté.
Ceci m’amène au second point : notre définition de la santé. Il est impératif que notre vision de la santé change. La santé, ce n’est pas seulement l’absence de maladie et ça ne se règle pas en bâtissant de nouveaux hôpitaux. Les Cris n’ont pas de mot pour « santé ». Ce qui s’en rapproche le plus est le concept de « Miyupimaatisiiun », qui se traduit le plus convenablement par « être en vie bien ». Ce concept comprend toutes les dimensions de l’être humain (physique-émotif-spirituel) et de son milieu. Donc, une personne ne peut être bien que si sa communauté en entier est en harmonie. On ne peut donc plus regarder une personne âgée assise à l’urgence et se dire que nous n’avons rien à voir avec elle. Une fois qu’elle est à l’urgence avec une fracture de la hanche parce qu’elle a essayé à tout prix de continuer à suivre notre rythme endiablé, nous avons déjà échoué.
Cette absence de communauté, nous en souffrons tous, que nous ayons 25 ou 85 ans. Elle n’est pas seulement le fardeau de la génération vieillissante. Nous en payons tous le prix par le surmenage, l’épuisement professionnel, l’absence de relations significatives, la course folle, les coûts élevés des logements, l’essence, la garderie, les soupers au restaurant parce qu’on n’a plus le temps de cuisiner… C’est un problème collectif et nous avons tous intérêt à nous retrousser les manches et à bâtir des communautés où l’on peut se retrouver, partager le fardeau du quotidien, s’entraider et être présents les uns pour les autres.
Vivre bien, c’est vivre dans un contexte où nous pouvons tous subvenir à nos besoins avec dignité, se consacrer à un but valorisant, avoir le droit de mettre nos énergies sur ce qui importe le plus pour nous. Si nous, en tant que « génération active », prenons le temps de souffler, de faire des choix axés sur le bien-être, nous pourrons, avec des services de santé de base dans le milieu, donner une place aux aînés pour qu’ils participent au mieux de leurs capacités à la vie des communautés que nous aurons créées. C’est à nous de mettre ces communautés sur pied. Nous pouvons donner une place aux aînés pour qu’ils se reposent. Notre seul fardeau, alors, sera de les regarder jouir d’un repos bien mérité.
Adelina Feo
Vers une « indifférenciation » de la culture ?
Posté par Noémie Dansereau-Lavoie dans Culture, Éducation le 12 mai 2008
Une conception de la culture ancrée dans une perspective… « humaniste ». Voilà ce que nous proposons. Rien de moins. Or, si l’on se fie à la manière dont la culture est abordée dans l’espace public depuis quelques années, force est de constater qu’il lui est attribué une connotation essentiellement marchande et ce, au détriment d’une conception élargie, s’inscrivant au-delà de la sphère artistique et de la dimension identitaire.
Si les premières politiques publiques dans le secteur culturel avaient pour objectif de promouvoir un sentiment d’appartenance et une identité culturelle distincte, une autre logique semble maintenant guider l’intervention de l’État, qui attribue souvent ses ressources en fonction de critères essentiellement marchands. En d’autres mots, pour paraphraser Florian Sauvageau, professeur à l’Université Laval : « Nos politiques culturelles, plus souvent qu’autrement, sont devenues des politiques industrielles dans le secteur de la culture ».
Cette confusion n’est pas sans soulever de sérieuses interrogations dans un contexte où la sphère artistique est de plus en plus abordée sous le prisme du divertissement. Ce faisant, elle se trouve affublée d’une étrange identité, soit celle d’une curieuse mosaïque regroupant en son sein les Beaux Arts au sens classique (les arts et les lettres), mais également les secteurs du spectacle, du cinéma, de la radiodiffusion, de la musique, du multimédia, bref, des différentes activités réunies sous la très vaste (et élastique) bannière des « industries culturelles ». Ainsi, de quelle culture est-il maintenant question lorsque l’on parle d’« industries culturelles » porteuses « d’identité nationale » ?
Il nous apparaît donc urgent de repenser les bases sur lesquelles repose l’idée de « développement culturel ». Au lieu de concevoir celui-ci dans le sens de la promotion de la culture nationale et du développement des industries de la culture, il faut le voir comme « le processus par lequel l’être humain, de même que les collectivités, acquièrent les ressources nécessaires pour participer à la vie publique de leur communauté » 1. En d’autres mots, l’idée est de fournir aux citoyens les outils pour qu’ils puissent développer leur esprit critique et leur droit de parole, pour ensuite participer activement au débat public.
Cette conception sociopolitique du développement culturel comporte l’idée d’aborder la culture selon une perspective humaniste, qui met de l’avant le développement de l’individu. Elle comporte une dimension réflexive, car elle fait appel à notre capacité de prendre nos distances et de réfléchir sur notre situation dans le monde; elle renvoie ainsi à ce lien réfléchi qu’est le politique.
Selon cette perspective, l’éducation et les médias occupent une place de premier plan, car ils sont tous deux liés à l’épanouissement de l’idéal démocratique moderne. Or, depuis quelques années, nous observons une certaine tendance à instrumentaliser l’éducation, c’est-à-dire à la mettre au service du développement économique et du marché du travail. Les programmes d’enseignement, du moins en Amérique du Nord, semblent de plus en plus façonnés en fonction d’intérêts externes, valorisant ainsi une formation « technique » par opposition à l’acquisition de connaissances générales (histoire, lettres, philosophie et autres). L’éducation devrait constituer une fin en soi, indépendamment de l’objet d’études, l’idée n’étant pas d’apprendre en vue d’accumuler passivement un maximum de connaissances, mais plutôt de cultiver, tout au long de son existence, cette curiosité intellectuelle et artistique permettant à chaque citoyen de se sentir interpellé par les enjeux de sa communauté.
Or, l’hégémonie de l’économisme, qui envahit maintenant toutes les sphères de la société, semble saper les bases même de ce projet collectif. Quant aux médias, étroitement liés à la notion d’espace public, ils tendent de plus en plus à faire circuler l’information et les « produits culturels », au lieu de faire émerger les idées et de favoriser la réflexion. Le culte de la nouveauté et l’établissement du star system, créés de toutes pièces par l’industrie culturelle, en étroite collaboration avec les médias de masse, illustrent concrètement les dérives médiatiques actuellement en place dans notre société.
Un faux débat
Enfin, il nous apparaît essentiel de clarifier cette fausse opposition entre la culture au sens humaniste, parfois associée à l’élitisme, et le divertissement, perçu comme davantage démocratique parce que « plus près du peuple ». Cette logique, pourtant de plus en plus répandue dans l’espace public, pose selon nous de sérieuses difficultés. D’une part, elle vide l’idéal démocratique de toute dimension critique : au nom du relativisme culturel, toutes les manifestations symboliques doivent se valoir, peu importe leur contenu réel (artistique, intellectuel et autre). Les oeuvres réputées plus « difficiles » parce que moins accessibles se retrouvent donc marginalisées dans l’espace public, tandis que les produits plus populaires occupent le premier rang en raison de la logique marchande. À l’inverse, toute manifestation jouissant d’une très grande popularité serait ipso facto qualifiée de « démocratique ».
Ce faux débat entre culture humaniste et divertissement soulève un enjeu d’une importance fondamentale : il contribue à vider la démocratie de son sens politique. Une telle association témoigne, selon nous, d’une profonde crise de sens, soit la préséance des critères marchands sur notre propre rapport au monde.
Ainsi, si nous reconnaissons l’importance des entreprises culturelles pour la vitalité et le dynamisme de notre paysage culturel, c’est plutôt leur prédominance dans la stratégie d’intervention du gouvernement qui nous préoccupe. C’est parce que nous croyons qu’une sérieuse réflexion s’impose que nous proposons de revoir dès maintenant les bases sur lesquelles repose notre conception de la culture et, par conséquent, celle du développement culturel. C’est aussi parce que nous refusons d’adhérer à la logique simpliste qui prévaut à l’heure actuelle, à savoir que la culture est essentiellement un moteur économique, un catalyseur, bref, quelque chose qui « s’exporte », au même titre que l’hydroélectricité.
D’où la nécessité de s’interroger sur cette transformation fondamentale que notre perception de la culture est en train de subir et sur la signification politique d’un tel changement de paradigme. Faute de quoi, nous risquons de sombrer vers une véritable « indifférenciation » de la culture. Un scénario des plus… alarmants.
Noémie Dansereau-Lavoie
1 // Marc Raboy et al, Développement culturel et mondialisation de l’économie.
Un enjeu démocratique, Institut québécois de recherche sur la culture, Québec, 1994, p.48


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