Lorsque nous avons annoncé l’idée de traiter du thème « Guerre et Paix » dans le cadre d’un numéro de Génération d’idées, nous avions en tête d’aborder la question sous tous ses angles. Nous avons alors pensé traiter d’un type de conflit qui nous touche tous de près ou de loin: les conflits familiaux et, plus particulièrement, l’incidence du divorce/séparation dans notre société et ses conséquences sur notre tissu social. Portrait du divorce vu par de notre génération, la génération divorcée.
On le savait déjà, au Québec, de moins en moins de couples se marient (religieusement ou civilement). En fait, avec seulement 22 156 mariages à notre actif en 2007, on se marie deux fois moins au Québec qu’il y a 25 ans (44 849 mariages en 1980). Par ailleurs, le taux de divorce est effarant: de 14 % en 1970, il est passé à 35,8 % en 1985 et 51,9 % en 2005. Un couple marié sur deux divorce et cela sans compter le nombre de séparations dans le cas de couples non-mariés.
Quand on regarde autour de nous, les statistiques n’ont rien d’étonnantes. Elles font foi d’une réalité partagée par plusieurs. La plupart des parents de mes amis ont divorcé, les miens également. Certains enfants ont vécu ces divorces à un jeune âge, d’autres à l’âge adulte. Certains vivent maintenant leur propre séparation. Mais les séparations des couples d’hier ont quelque chose de différent de celles d’aujourd’hui. En effet, la Révolution tranquille a bouleversé les Québécois, non seulement dans leur vision des rôles de l’État et de l’Église, mais surtout dans leurs valeurs et leurs rapports au couple et à la famille. En 1970, les couples se mariaient beaucoup. Les mariés avaient été éduqués strictement et religieusement, ils étaient jeunes et souvent moins expérimentés à certains égards. Dans plusieurs cas, la méconnaissance de l’un et de l’autre et leur évolution à l’âge adulte donnaient lieu à des mariages non fonctionnels. L’un des époux se réfugiait dans le travail ou ailleurs. Les tensions au sein du couple étaient ressenties par tous. Peu à peu, le seuil d’acceptabilité du divorce aidant, les couples se sont séparés. Dans certains cas après 10 ans, 15 ans, 25 ans de mariage.
Or, peu de choses sont plus difficiles pour un enfant qu’un conflit au sein de sa famille. Il ébranle sa sécurité, bouleverse son bien-être et déforme ses perceptions. Lorsque le conflit est porté devant les tribunaux, il ne devient rien de moins qu’un traumatisme pour la cellule familiale.
C’est ainsi que cette réalité a nécessairement laissé des traces chez les enfants. On ne veut jamais répéter les erreurs de nos parents. Et voilà pour la psyché de la génération des enfants divorcés. Cette expérience a nécessairement un impact sur notre vision collective du couple, de la famille ou, du moins, de notre rapport aux enfants. Certes, on se marie moins. Pourquoi épouser un modèle qui n’a pas fonctionné chez nos aînés? On essaie d’imposer notre façon d’être en couple. On reporte le fait d’avoir des enfants et on essaie surtout de trouver le bon conjoint pour les élever. On ne veut pas faire vivre ce qu’on a vécu.
Au-delà des considérations psychologiques, il y a certainement là un historique générationnel commun qui entraîne des conséquences. L’une d’entre elles est notre principale revendication: la conciliation travail-famille. Quand on comprend la racine de ce que l’on réclame, il est évident que le concept n’a rien à voir avec la paresse ou le manque d’ambition. Cette nécessité d’équilibrer nos vies professionnelle et familiale vient davantage du fait que nous tentons de réussir là où plusieurs avant nous ont échoué. Nous tentons d’assurer notre bien-être, celui de notre couple et celui de nos enfants puisque, pour nous, les trois composantes sont intrinsèquement liées. On retourne davantage vers des valeurs plus familiales qui, à notre sens, permettent une plus grande stabilité émotive chez nos enfants et chez nous bien évidemment. Malgré tout, parfois le couple se laisse. On tente alors davantage de préserver l’essence de la famille malgré l’animosité qui nous habite.
Rien ne garantit que la nouvelle approche de notre génération apportera de meilleurs résultats que chez celle de nos parents et qu’il s’agit là d’une conception plus saine des relations familiales. À force de chercher le conjoint parfait avec qui élever nos enfants, peut-être sommes-nous devenus trop intransigeants. On remarque déjà chez certains d’entre nous la présence de compromis vers la fin de la trentaine (qu’ils n’auraient autrement pas faits plus jeunes) afin d’aller de l’avant avec le projet d’être parents. D’autres n’arrivent tout simplement pas à trouver ce conjoint (avec un nombre important de jeunes femmes éduquées célibataires). Il y a également lieu de se demander si le choix d’une entente de séparation à l’amiable se fait au détriment d’efforts à faire survivre une relation qui a besoin d’être nourrie. Idéalisons-nous la façon d’élever nos enfants? Sommes-nous pris avec les mêmes questionnements que l’étaient nos parents?
Une chose est sûre, nous tentons de solutionner certaines erreurs du passé. Il y a de ces batailles qui parfois laissent autant de traces que les grandes guerres des livres d’histoire.


25 oct 2009 @ 13:37
Juste à titre d’information. Il y a beaucoup de monde qui sous-estime l’importance du père dans la famille :
(Désolé, c’est en anglais)
Children from fatherless homes account for :
* 63% of youth suicides. (Source: US Dept. of Health & Human Services, Bureau of the Census).
* 71% of pregnant teenagers. (Source: US Dept. of Health & Human Services)
* 90% of all homeless and runaway children.
* 70% of juveniles in state-operated institutions come from fatherless homes (Source: U.S. Dept. of Justice, Special Report, Sept 1988)
* 85% of all children that exhibit behavioral disorders. (Source: Center for Disease Control).
* 80% of rapists motivated with displaced anger. (Source: Criminal Justice & Behavior, Vol. 14, p. 403-26, 1978).
* 71% of all high school dropouts. (Source: National Principals Association Report on the State of High Schools).
* 75% of all adolescent patients in chemical abuse centers. (Source: Rainbows for all God`s Children).
* 85% of all youths sitting in prisons. (Source: Fulton Co. Georgia jail populations, Texas Dept. of Corrections 1992).
http://www.childrensjustice.org/stats.htm