Démocratie directe et… Tupperware

par Marc Saindon
1 septembre 2010

CONVERGER LES EFFORTS

Suite un l’article au langage coloré [1] et son appel à la mobilisation générale pour un changement social, il semble que de concevoir des méthodes concrètes pour atteindre des objectifs louables (qui restent à déterminer et à expliciter au-delà de «tout sauf le statu quo») a aussi une importance comme complément à la création d’effervescence populaire: c’est peu comme quand on prend une loupe pour focaliser les rayons lumineux vers un seul point et allumer une cible.

Parfois certaines solutions paraissent absurdes, comme une idée simple: promouvoir le changement social d’une grande envergure en s’inspirant du modèle de la firme Tupperware pour avoir un succès significatif en créant dans le voisinage ou dans son entourage des soirées de discussion politique («démonstration démocratique»), des ateliers un peu similaires aux Remue-GEDI de Génération d’idées, mais qui ne sont pas restreints à une tranche d’âge précise, et qui se relient en réseaux un peu comme une démocratie parallèle.

LE PROBLÈME DES GRANDES ASSEMBLÉES

Bien qu’il puisse être souhaitable de voir le développement de grandes assemblées locales basées sur le modèle des «townhall meetings», il semble qu’avec des groupes plus petits, on éviterait certains dérapages des grandes assemblées, notamment la tyrannie d’une «procédurite» du code Morin, c’est-à-dire un formalisme qui étouffe les échanges d’idées. Ces grandes assemblées ont aussi comme faiblesse le fait qu’on écoute (passivité) beaucoup plus qu’on échange des idées (activité). Certaines personnes sont gênées de prendre la parole devant une foule, ce qui est dommage parce que les gens qui génèrent de bonnes idées ne sont pas automatiquement des experts en art oratoire. De plus, les grands rassemblements ont le problème habituel qu’ils attirent des «phénomènes de foire», des excentriques incohérents qui disent n’importe quoi sur le coup de l’émotion simplement pour attirer l’attention sur eux. Malgré ces lacunes, la création d’assemblées locales de type «townhall» est déjà un début pour l’amélioration de la démocratie.

LA MÉTHODE TUPPERWARE

Ce qu’on peut dire de la méthode du porte-à-porte, méthode préconisé dans l’article d’Isabelle Cloutier [2], c’est qu’on a l’avantage d’avoir un représentant qui se déplace, ce qui permet de couvrir un plus grand territoire (distance géographique) que si on tenait un kiosque en endroit fixe. En plus de la mobilité, la méthode du porte-à-porte permet, dans le cas d’un vendeur, d’économiser sur les coûts fixes qu’on aurait à payer (e.g.: loyer d’un magasin, ou dans ce cas-ci d’un bureau ou d’un centre communautaire).

L’inconvénient de la méthode porte-à-porte auquel la firme Tupperware a remedié, c’est que le représentant sollicite une clientèle potentielle à des moments qui ne conviennent pas toujours. Quasiment tout le monde s’est déjà fait dérangé un samedi matin par deux recruteurs d’une certaine religion, et connaît le déplaisir de se faire réveiller tôt par ceux-ci. Alors, par le biais de soirées de démonstration, des entreprises comme Tupperware et Avon peuvent contacter les clients à un moment qui correspond mieux aux horaires de ceux-ci. Comme les clients se pointent à ses réunions avec des voisins et des amis, ils sont davantage en situation de confiance parce qu’ils connaissent la majorité des gens présents. Ce sentiment de sécurité est aussi accru parce que l’organisateur de la soirée est généralement aussi une personne de l’entourage du client (réduction de la distance sociale).

De plus, au niveau logistique, du marketing et de la GRH, la méthode Tupperware peut, par son système de franchises, éviter certains coûts liés au recrutement, à la publicité (la force du bouche-à-oreille, ou «marketing viral»), à la tenue d’inventaires et à l’entreposage. Ce genre de réseau décentralisé à donc des avantages au niveau de la flexibilité.

APPLICATIONS DÉMOCRATIQUES

Un mouvement de vulgarisation de la démocratie et d’activisme social serait probablement plus efficient en étant, comme la firme Tupperware, décentralisé (ce qui évite aussi les risques d’être noyauté et d’être récupéré à des fins partisanes, comme ça été le cas avec le Tea Party). Si on se base sur la typologie de Cossette (segmentation du marché selon l’ouverture aux nouvelles idées) ce type de fédération de mini-forum devrait rejoindre de façon maximale (M*) un segment de marché (les versatiles, 10%) d’environ 700 000 personnes (bien qu’en réalité, ce serait beaucoup moins que ça). Le porte-à-porte pourrait très bien être un complément important à cette approche.

La création d’un mouvement à hauteur d’homme (et de femme), plutôt que de grandes assemblées, permettrait de meilleurs échanges et apporterait un aspect davantage humain, ce qui n’est pas vraiment le cas avec l’activisme social qu’on fait via le web, chacun devant sa machine.

Pour le moment, l’idée n’est qu’une esquisse, mais elle est tout de même lancée.

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[1] Isabelle Cloutier

http://www.generationdidees.ca/idees/dniaisons-nous-cibole-une-approche-parallle/

[2] idem

Dernier commentaire
François Cliche

Le mieux pour passer cette idée, c’est soit de le faire pour vrai sur sa propre rue, soit de faire un film qui va bien montrer le concept. En fait, le mieux serait sûrement de le faire pour de vrai et de servir du vrai pour faire le film. C’est malade, je travaille sur une proposition de système d’organisation social parallèle depuis quelques mois, genre 2 ans. J’adore la référence à tupperware :) De mon côté, le concept est un peu plus techno, mais je sens que la proximité des approches est frappante, voir hallucinante.

Je trouve tes textes tellement bien montés que c’est intimidant par bout. Ça me rappel les cours de maîtrise. T’as raison à 100% sur le fait qu’on est devant nos écrans, seuls, mais c’est une partie de la solution. J’ai rencontré mon épouse sur Facebook et je découvre une superbe organisation qu’est GENERATIONDIDEES sur le net. Je serais curieux et content de te rencontrer en personne car je retrouve dans tes concepts bon nombre de concepts que je me trouvait très brillant d’être le seul à y penser. Je suis vraiment beaucoup plus content de me rendre compte que ces idées sont dans la têtes de plusieurs personnes et qu’elles vont se manifester par une sorte de leadership au lieu d’un leader.

Si je prend les éléments que tu présentes ici et les éléments qui sont de mon côté, il me semble qu’on a entre les mains un outil de renaissance très très très applicable. Avec un peu de chance, on a ensemble, nous deux et des gens de notre entourage, ce qu’il faut pour en faire une réalité.

Une organisation sociale parallèle, il en a eu une dans les années 70. Ça s’appelait multimédia. C’est parti du programme de formation aux adultes et c’est un des organismes à l’origine des CLSC. J’ai interviewé un des fondateurs de cet organe récemment, et c’est fou le trou de mémoire collectif en ce qui concerne cet ancien organe.

Oui, un gros gros gros OUI pour une organisation sociale parallèle. Bravo!

Publié le 8 septembre 2010
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