Depuis plusieurs décennies, les confrontations entre les fédéralistes et les souverainistes font en sorte que le Québec fait du sur place en matière constitutionnelle et cette (relative) instabilité politique a des répercussions sur son économie (sans toutefois être le bouc-émissaire auquel on attribue la totalité des problèmes de croissance).
Mettant de côté, momentanément, mes convictions souverainistes pour passer en mode realpolitik, je peux constater que la politique québécoise a certains éléments communs avec le dilemme du prisonnier [1], un cas classique dans la théorie des jeux (game theory) [2]: parce que les fédéralistes et les indépendantistes cherchent chacuns à gagner sur l’autre camp, vu que la question nationale est un jeu à somme nulle où la victoire de l’un entraîne automatiquement la défaite de l’autre (particulièrement lors d’un referendum), on aboutit inévitablement à une troisième possibilité, la stagnation, qui déplaît à tous et ne fait que «pelleter en avant» les problèmes politiques (un peu comme les deux prisonniers, en ne ne coopérant pas, arrivent à une situation mutuellement nuisible).
LE DÉCLIN DU MOUVEMENT SOUVERAINISTE?
Certains «lucides» ont avancer l’idée que l’indépendance du Québec est impossible, malgré le résultat serré du referendum de 1995, et qu’on devrait réalistiquement abandonner un projet «infaisable». On avance aussi que le mouvement souverainiste est en déclin, bien qu’on a vu émerger un second parti souverainiste à l’Assemblée nationale, Québec Solidaire, et son mono-député, Amir Khadir. De plus il faudrait dissocier l’impopularité évidente de la chef du Parti Québécois, Pauline Marois, de celle du mouvement souverainiste: les deux regroupements politiques ne sont pas des synonymes, bien qu’ils se recroisent assez souvent. Le Bloc Québécois est toujours en place à Chambre des communes, et le «vent de conservatisme» au Québec, tant prophétisé, s’essoufle dès qu’on s’éloigne de la région de la Vieille Capitale et de sa radio-poubelle, et que Michael Ignatieff est loin de susciter une version canadienne de l’«Obama-mania». De toute évidence, la proposition de la nouvelle droite québécoise de faire l’autruche face à la question nationale est un échec prévisible, vu que les souverainistes sont là pour restés, même si la victoire espérée par ceux-ci, elle, est loin d’être assurée.
LA TYRANNIE DES MOUS?
Sans faire d’études exhaustives sur la question, si on se base sur la guerre d’indépendance des États-Unis [3] pour faire un rapide portrait de la situation, il existe peut-être un tiers des Québécois qui sont dédiés à la souveraineté, un autre tiers étant activement partisans du fédéralisme, et la balance restante qui prend une attitude attentiste, indécise, inintéressée ou opportuniste. Peu importe les chiffres que des sociologues ou des statisticiens peuvent sortir, les proportions de chaque camp peuvent varier, mais il reste que la décision finale revient, inévitablement, aux indécis, qui choisisssent d’esquiver la question, comme le montre le résultat référendaire de 1995. D’où l’inertie actuelle du Québec sur le plan politique.
DES SOLUTIONS?
Pour les souverainistes, la capacité de convaincre les indécis du bien-fondé de leur cause passe d’abord par le développement d’un projet plus étoffé que le chèque en blanc qu’on demande à la population de signer en cochant oui. Il faut que les politiciens indépendantistes se prononcent clairement sur plusieurs dossiers, notamment les structures gouvernementales qui seront mises en place (république présidentielle? monarchie constitutionnelle?), et c’est déplorable qu’en quinze ans tout ce qu’on entend, c’est de la langue de bois. Il resterait au gouvernement fédéral et aux fédéralistes d’ici à cumuler les gaffes, mais même si Jean Charest fait un bon travail dans ce domaine, c’est très passif comme approche, et il faudrait que les souverainistes aient un peu plus d’initiative et de clarté.
Pour les fédéralistes, la façon de promouvoir la cause du Canada passe par un devancement des revendications souverainistes: lors des deux derniers referendums, on parlait de «fédéralisme renouvelé», de «fédéralisme asymétrique», mais une fois la crise passée et la population rassurée, rien n’a été accompli. Certes, le gouvernement Harper a fini par reconnaître la nation québécoise (même si une nation existe par elle-même et qu’elle n’a pas besoin d’être définie en tant que telle par une autre), mais le cadeau était vide, dénué de droits supplémentaires permettant à l’entité reconnue de rayonner culturellement. Si les partisans du non veulent gagner, ils devront apprendre à prendre l’initiative, à proposer du changement, à offrir une vision, plutôt que de continuellement réagir face à la menace souverainiste, et en n’offrant que le statu quo ou un projet bidon «autonomiste». Cette initiative doit être honnête: la tentative (peu subtile) de la part des conservateurs, adéquistes et «lucides» de vouloir changer le débat souverainiste-fédéraliste par un réalignement gauche-droite (un «copier-coller» du dérapage du Tea Party américain promu par le mouvement «astroturf» du RLQ) ne fait que changer le mal de place, et n’apporte rien de constructif au Québec, vu qu’on se retrouve dans la même situation où le débat, excessivement polarisé, donne toute la place aux mous, qui eux optent perpétuellement pour l’esquive. Par contre, une initiative fédéraliste proposant un renouvellement des institutions politiques canadiennes, notamment par l’abolition de la monarchie britannique, trouverait écho chez mêmes d’éternels péquistes. Il y a chez les fédéralistes un potentiel inexploité de développement de projets rassembleurs, auxquels peuvent participer les souverainistes sans abdiquer leurs convictions profondes. Peut-être qu’il faut blâmer la faible qualité du leadership qu’on retrouve dans ce camp.
CONCLUSION
Et en bout de ligne que veulent les indépendistes?
La souveraineté du Québec, tout en gardant une appartenance à l’espace économique canadien.
Que veulent les fédéralistes québécois?
Pour reprendre le paradoxe lancé par Yvon Deschamps, un Québec fort dans un Canada uni.
En fin de compte, refaire le Québec et le Canada selon le modèle de l’Union européene [4] ne semble pas être une mauvaise idée, vu qu’elle concilie deux visions opposées qui ont pourtant deux points en commun: développer le potentiel du Québec et appartenir à l’espace économique du Canada.
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[1] Dilemme du prisonnier http://fr.wikipedia.org/wiki/Dilemme_du_prisonnier
[2] Théorie des jeux http://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3%A9orie_des_jeux
[3] Révolution américaine
http://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9volution_am%C3%A9ricaine#Loyalistes_et_attentistes
[4] Union des nations boréales d’Amérique
http://www.generationdidees.ca/idees/union-des-nations-borales-damrique-5/

















Dès le début de mon commentaire, je resterai toujours un indépendant de nature,cependant, si toutes les promesses du renouvellement du fédéralisme pouvait un jour s’appliquer et ce, sérieusement, non pas à la Trudeau avec ses promesses non tenues, (tape l’oeil). Je pourrais réfléchir et garder espoir de mieux vivre dans cette fédération. Nous avons aucun respect des Québécois, de nos demandes. Que ce soient dans la culture, l’immigration, les communications et les réseaux de la santé et de l’éducation.
J’ajouterais le transport avec nos routes, il faut comparer avec les investissements dans l’ouest pour voir un déséquilibre,depuis des décennies. Que pensez de la sécurité, notre police que nous devons payer en double. (PP et GRC) Il est fait une seule petite demande par la ville de Québec pour un amphithéâtre et tout l’ouest trouve la demande irrésonnable. Il faut COMPARER l’ensemble des projets pour constater le déséquilibre. Équité mon oeil, il n’y a que des projets d’infrastructures et encore applicable partout dans toutes les provinces. Le Fédéralisme attend quoi avant de se remettre en question globalement ou encore plus raisonnablement par ministère? S’impliquer dans la querre, est-ce vraiment une priorité? S’il y avait des ateliers thématiques et une volonté de résultats par nos politiciens, probablement que les Québécois seraient plus ouvert à accepter certains changements.
Monsieur Marc,
Je constate que vous avez un sain raisonnement comme séparatiste puisque vous constatez comme assurément tout les indécis québécois qui osent se poser la question comme moi d’ailleurs : »Pi après » Vous conviendrez que les québécois démontrent une certaine intelligence et ils n’acceptent pas de plonger dans le vide.Puisque depuis 1968 jamais les séparatistes n’ont osés proposer aux québécois ce qu’adviendrait du Québec une fois séparer. En réalité je crois qu’ils le savent mais n’osent pas en parler de peur que nous découvrions que nous serions tous inviter à vivre dans un pays semblable à ceux du tiers-monde. Aussi nous avons toutes les raisons de se méfier des élus du parti séparatistes, qui semblent plus intéressés à leurs intérêts (fond pension) qu’a ceux du peuple québécois.
Votre conclusion est loin d’être utopique. Cela dit, peut-on réellement parler d’un jeu à somme non nulle? Les conditions du jeu ont évolué au cours du temps (on peut alors parler d’un « superjeu »). Ainsi, dans un contexte mondialisé, l’interdépendance implique parfois que la défaite d’un amène la défaite de l’autre.
D’abord, il est clair que la fédération canadienne ne fonctionne pas bien dans le cadre actuel d’interdépendance. Par exemple, les nombreux empiètements du fédéral sur les domaines provinciaux déséquilibrent les pouvoirs (1). Toutefois, aujourd’hui, les juridictions accordées aux provinces relèvent de plus en plus d’enjeux mondialisés. Il est donc évident que le gouvernement fédéral (seule légitimité à agir comme sujet de droit dans les relations internationales) doive intervenir de plus en plus sur des sujets empiétants dans les domaines provinciaux.
Ensuite, ce que demande le Québec, « [c]’est une reconnaissance constitutionnelle du fait [qu’il] n’est pas une province comme les autres. Cette province n’est ni supérieure ni inférieure aux autres. Elle est tout simplement différente, voilà tout.» (2). Il semble qu’une telle reconnaissance de la spécificité québécoise est légitime et renforcerait l’unité de la fédération canadienne. Cela dit, si le Canada ne peut être perçu comme une communauté d’individus semblables et égaux, il ne peut non plus être uniquement perçu comme « une collection d’existences nationales » (3). Comme vous le mentionnez M.Saindon, les confrontations ont freiné le changement. Parallèlement, ils ont rendu le pays inefficace en ne permettant guère au fédéral de défendre nos intérêts autour du globe. Mettre des bâtons dans les roues du Canada a donc souvent équivalu pour le Québec à mettre des bâtons dans ses propres roues.
Je suis d’avis que la structure fédéraliste en soi constitue un outil qui, utilisé de façon intègre, pourrait permettre de répondre aux attentes de communautés nationales en termes de représentation, d’équité et de justice. Par « utilisé de façon intègre » j’entends ; se reconnaître des droits et — surtout — se respecter mutuellement. Si la reconnaissance est mutuelle, le changement d’attitude pourrait être sincère.
Certains politicologues ont vu dans le fédéralisme d’ouverture institué par Stephen Harper, une telle tentative de réconcilier les relations fédérales-provinciales. Comme vous l’avez signalé, cette politique n’a pas eu les effets escomptés. En effet, s’il s’agissait d’un pas en avant, il commence à être grand temps d’en faire un autre….
Mais bon, je m’emporte! Ce que je veux apporter, c’est simplement que; dans un contexte « d’équilibre de Nash », la meilleure stratégie pour chaque joueur serait de tenter de maximiser ses gains en tenant compte des choix attendus des autres joueurs — définis par l’histoire à cette date —. Ainsi, à mon humble avis, la transition d’un esprit de compétition à un esprit de collaboration est condition première pour atteindre la cohésion nécessaire à la gestion commune de l’interdépendance et, ipso facto, au bon fonctionnement de la fédération dans un contexte mondialisé.
Au plaisir de »re-jouer » à la realpolitik!
1. Réjan Pelletier fait le point sur ces empiètements, de façon claire et conçise dans; Le Québec et le fédéralisme canadien: un regard critique, Québec, Collection Prisme, Les Presses de l’Université Laval, 2008, 236p.
2. PELLETIER, Benoît. « Les droits collectifs et le fédéralisme : le cas du Canada », Université d’Ottawa, Working Paper, numéro 140, 1998, p.22, [En ligne], http://www.infofederal.net/docs/droits_collectifs_canada.pdf
3. IGNATIEFF, Michael, La Révolution des droits, Montréal, Boréal, 2001, p.76
Une excellente vision, très réaliste, censée, qu’il est en effet étonnant qu’aucun de nos politiciens ne développent.
Je vous invite Monsieur Saindon a jeter un oeil attentif à ce que propose le Mouvement québec Renouveau, dont je suis le fondateur.
Un projet de société rassembleur autour de votre idée, cela fait maintenant 2 ans que nous travaillions là dessus.
Nous avons besoin de vous, de votre vision et de votre clairvoyance.
http://www.quebecrenouveau.qc.ca