Au lieu d’être pour ou contre la hausse des frais de scolarité, on pourrait regarder le problème différemment.
Cette hausse s’applique de façon uniforme à toutes les catégories d’étudiant. Pourtant, est-ce normal d’apliquer le même tarif à un étudiant en littérature qu’à un autre en géni mécanique ou en médecine?
Un: les coûts de formation ne sont pas les mêmes; deux: la capacité de remboursement future de la dette étudiante sera fort différente.
C’est comme si on demandait aux étudiants qui ont choisis un domaine d’étude moins valorisé économiquement de subventionner les autres catégories mieux valorisés.
De plus avec un tel système de per diem uniformisés, on incite les universités à développer des programmes dont les coûts sont moindre, « buiseness » oblige.
Pourquoi ne pas moduler les frais de scolarité en fonction de la « plus value » dont l’étudiant bénéficie?
Par exemple on pourrait fixer les droits de scolarité selon une formule qui tiendrait compte du taux de placement dans le domaine d’étude et du salaire moyen des cinq premièmes années. Un exemple de formule: (salaire moyen X %placement)/10.
Une telle approche favoriserait l’équité, et serait un puissant incitatif au développement pour les formations qui nécessitent des investissements importants
Benoit Roussin
Rimousk
La hausse des frais de scolarité
par Benoît Roussin
5 mai 2012
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D’un autre côté, quelqu’un qui étudie dans un domaine d’étude « plus valorisé économiquement » gagnera un salaire plus élevé et donc paiera plus d’impôts que quelqu’un ayant étudié dans un domaine « moins valorisé économiquement ». Il générera donc plus de revenus pour l’état. Devrait-il est être pénalisé de vouloir générer plus de revenus pour l’état?
Le nombre potentiel de personnes allant à l’université représente un ensemble finit et un incitatif monétaire à aller dans un domaine d’étude moins valorisé économiquement pourrait détourner les personnes d’une carrière pouvant générer plus de retombées économique pour le Québec.
Personnellement, je suis d’avis que la contingence des programmes et les perspectives d’emplois devraient plutôt dictés quels domaines ont des hausses de frais de scolarité.
À priori, cette approche peut sembler plus équitable.
Or le problème est qu’en ayant des frais de scolarité variables, certains champs d’études (ceux qui coûteront plus chers évidemment) demeureront inaccessibles aux étudiants moins nantis.
Les étudiants provenant de milieux plus cossus auront tout le loisir de choisir leur enseignement alors que les étudiants ayant des moyens plus modestes choisiront leur voie entre des programmes qu’ils «peuvent» se permettre.
On agrandi donc un peu plus le fossé entre les classes plutôt que de l’amoindrir en rendant toute l’éducation supérieure accessible au plus grand nombre.
Peut-être faudrait-il envisager (parallèlement à des frais de scolarité le plus bas possible) faire entrer des concours d’admission plus stricts qui valideraient la motivation d’un futur étudiant à étudier un domaine plus qu’un autre.
La modulation des frais de scolarité n’est pas équitable pour la raison mentionnée par Gabriel (les moins nantis sont restreints dans leurs choix de carrière).
D’ailleurs, l’équité consiste à ce que les seules inégalités sociales soient rattachées à des postes et des fonctions accessibles à tous. Autrement dit, dans une société juste, on accepterait qu’un médecin gagne plus d’argent qu’un facteur parce que le Gouvernement fait en sorte que les conditions de n’importe quel de ses citoyens permettent autant à chaque personne de devenir médecin ou facteur ou n’importe quel poste.
S’il y a des doutes sur l’impact réel de la hausse des frais de scolarité sur la fréquentation scolaire, il n’y a aucun doute sur l’impact des hausses sur les classes sociales les moins nanties: elles réduisent l’accessibilité aux études. La raison est bien connue: l’aversion pour le risque. C’est que la plupart des gens choisiraient 49 cents plutôt qu’une chance sur deux de gagner 1$. C’est la même chose pour l’endettement étudiant. Les familles des étudiants de première génération ne valorisent pas les études et les voient comme un luxe plutôt qu’un investissement. Les socialistes européens l’ont compris depuis longtemps et donnent la priorité aux bourses et certainement pas aux prêts.
Bref, la hausse des frais de scolarité augmenterait ou diminuerait peut-être le nombre d’inscription totales, mais réduirait inévitablement le nombre d’inscriptions chez les moins nantis. On délaisserait donc la notion de service public pour celle de consommateur-payeur. C’est à vous d’en juger, mais je n’accepte pas qu’on recule socialement là-dessus.
Et, quant à la prétendue subvention aux riches que constituerait la non modulation des frais de scolarité, si vous étiez vraiment sincère, il y a un système d’une simplicité redoutable qui existe déjà pour pallier à ce problème: l’impôt sur le revenu. L’impôt est beaucoup plus juste comme système que la modulation, car il est en fonction du revenu et non de la probabilité de gagner un revenu.