LE CHANTIER DES NATIONS: PLACER LES AUTOCHTONES AU COEUR DE L’ACTION !

par Marc Saindon
13 décembre 2011
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Retour sur le 2e Sommet

Lors du deuxième sommet de Génération d’idées (GEDI), une des nouveautés a été l’atelier portant sur les Premières Nations. Un atelier réussi, où étaient présents Melissa Mollen Dupuis, Céline Hervieux-Payette, Renée Dupuis et Nicole O’Bomsawin pour guider les réflexions des participants, qui étaient tous éclairés et ouverts d’esprit, prêts à travailler de concert pour une cause. J’étais moi-même présent, et j’ai grandement apprécié mon expérience.

Trois idées principales sont ressorties de cet atelier: (1) la création d’un programme de jumelage entre les municipalités québécoises et les réserves autochtones afin de tisser davantage de liens sociaux et économiques; (2) la création d’un programme de jumelage entre les Québécois vivant en ville et les Autochtones arrivant en milieu urbain, question d’offrir un meilleur accueil et de créer directement des liens; (3) la création d’un chantier politique visant à ramener l’indice de développement humain (IDH) des Autochtones vivant en réserve au même niveau que celui des Québécois et des Canadiens. (Je reviendrai sur le 3e projet, très pertinent considérant la crise humanitaire à Attawapiskat, longtemps ignorée par les gouvernements)

Évidemment, malgré le plaisir d’avoir participer, on constate que quelques heures d’un atelier ne suffisent pas à changer le monde !

Pour éviter que le sommet de Génération d’idées soit un feu de paille sans lendemain, il faut faire un suivi, se préparer (comme le leitmotiv de l’événement disait) à passer à l’action.

Comme l’a dit Marc-André Ouellette:

«Dans le cadre du Sommet génération d’idées 2011, vous avez été nombreux à signifier votre désir à prendre action en 2012. Nous avons hâte de travailler avec vous ! Plus de 30 plans d’actions et plus de 100 nouveaux bénévoles.

La prochaine étape sera de déterminer une stratégie de travail qui nous permettra de mettre en place des actions efficaces et mobilisatrices. Ensemble, nous allons apprendre comment influencer autrement.

Connaissant les contraintes reliés au bénévolat ainsi qu’à la complexité de certains projets d’actions, l’objectif principal est de prendre un rythme de travail qui maintiendra la motivation.

La structure des comités de travail sera flexible et mon implication sera celui d’un facilitateur. Je veillerai donc à coordonner les comités les uns avec les autres et à coordonner le travail avec le comité de direction (CE) de Génération d’idées pour aider dans l’approche avec nos partenaires et mentors. A court terme, rien ne vous empêche de reprendre contact et renforcer les liens formés au Sommet.»

Je compte être parmi les personnes qui s’impliqueront pour que l’atelier portant sur les Premières Nations devienne un point de départ au développement comité de travail (même si je manque souvent de temps). Si Génération d’idées aspire à parler au nom de la Génération Y, j’espère qu’il y aura dans le message livré des voix autochtones… et des Québécois pour les écouter.

Mettre sur pieds un chantier

Durant l’atelier, la troisième proposition ressortie a été celle de lancer un «chantier politique». Joël Larouche, probablement à cause de sa formation en architecture, avait certainement eu un moment de déformation professionnelle (tout comme mon vécu sur les bases militaires m’amène spontanément à tout voir comme une armée, même si je suis paradoxalement pacifiste et en faveur d’une abolition partielle de l’armée).

Le mot chantier m’a fait réflechir.

Après tout, on pense souvent aux Autochtones qui ont des rôles traditionnels et artistiques, mais moins souvent à ceux qui occupent des postes plus «modernes», comme les nombreux Mohawks en construction (bien que tous les Autochtones sont modernes, de par leur existence dans le monde contemporain). On pense souvent à l’Amérindien qui fait la danse de la pluie, mais pas très souvent à celui qui par ingéniosité technique et scientifique a développé la raquette. La façon que l’Histoire est racontée dans les écoles, on donne souvent l’impression (erronée et paternaliste) que les Autochtones étaient des peuples sans imagination à qui les Français ont apporté la technologie, alors que les Premières Nations ont participé à des échanges technologiques bilatéraux. L’autre fausse impression, c’est que les Amérindiens constituent une «étape» dans l’Histoire du Québec, succédée par la Nouvelle-France, puis de la Conquête… alors que les Autochtones ont participé à toutes les étapes du développement du Québec et sont encore là. Si Génération d’idées (GEDI) veut aborder la question des Premières Nations, peut-être que la première étape serait de distancer de l’imagerie populaire et des clichés à plumes habituels (malgré que j’aime aussi les traditions), afin de trouver un autre symbole incarnant l’esprit du projet de groupe de travail: le Mohawk qui bâti des ponts.

Bâtir un pont est un effort collectif, qui demande planification, travail en équipe, expertise, écoute et ressources – ce qui exactement ce qui faut pour mettre sur pieds un comité de travail portant sur le Premières Nations. Un pont permet de rejoindre deux rives et GEDI pourrait bâtir ce pont entre Allochtones et Autochtones, réussir là où les générations précédentes ont échoué. Par pont, on sous-entend à la fois la déconstruction de préjugés existant de chaque côté, tout comme on vise à réduire l’écart de l’IDH des réserves de celui du reste du Québec et du Canada (comment peut-on être «le plusse meilleur pays du monde» autrement?).

La création d’un comité de travail sur les Premières Nations passe par l’implication des gens, c’est évident. Tous les anciens participants de l’atelier, ainsi que de nouveaux participants, enthousiastes à l’idée de bâtir ce pont, devraient se contacter dans les mois qui suivent. Je compte sur GEDI pour faire une partie de l’effort de coordination, bien que ça revient à chacun de s’impliquer. Je pense aussi que le site de Génération d’idées devrait compter une nouvelle catégorie d’articles: « Premières Nations, Métis et Inuits », afin qu’on puisse y contribuer des articles portant sur les différents enjeux autochtones et que ces textes soient facilement accessibles aux membres du comité de travail. Par contribuer des articles, je sous-entend que d’autres personnes aussi s’impliquent pour les écrire, vu que j’ai été assez prolifique durant les dernières années (je tiens à remercier mes 3 lecteurs) et que mes idées je les connais pas mal, alors je suis beaucoup plus intéressé de lire vos textes. Ces articles permettront un remue-méninges susceptible de développer des pistes pour des plans d’action.

À titre d’incitatif à la participation et à la proposition de projets, sachez que présentement, la firme d’entrepreneuriat social Ashoka Canada offre des bourses de 500$ à 5000$ pour les idées innovatrices en éducation chez les Premières Nations, Métis et Inuits (jusqu’au 27 janvier 2012). Le site web suivant donne plus de détails:

http://www.changemakers.com/fr/fnmi-learning

(vous pouvez m’envoyer des questions pertinentes à msaindon@changemakers.com)

Une fois que suffisamment de problématiques seront explorées, que de pistes de solutions seront dégagées par les participants GEDI, et qu’un consensus semble se mettre en place, il serait intéressant de passer à l’action. Pas d’action sans plan, évidemment, et tout comité de travail devrait se doter d’une stratégie organisationnelle. Comme ce n’est pas tout le monde qui étudie en gestion, j’ai fait un rapide résumé de ce qu’est pour moi une stratégie pour un organisme sans but lucratif, en me basant notamment sur le hockey. Ce texte est disponible au lien web suivant:

http://saindonesie.blogspot.com/2011/02/osbl-et-strategie-organisationnelle-2.html

Je ne dis pas avoir le dernier verdict, j’amène seulement mes idées à la table. Un plan de match, ça se discute, de manière à ce que tous les participants du comité de travail des Premières Nations soient tous d’accord et qu’ils comprennent bien la direction vers laquelle on souhaite aller. Une stratégie, ça permet aussi de donner un fil conducteur aux différents projets et activités, de manière à assurer une certaine cohérence et à bâtir successivement sur chacun des acquis (au lieu de réinventer la roue à chaque fois).

Si le comité de travail est lancé, je souhaite aussi que les Québécois de souche participent à ce «chantier des nations» en partenariat avec les Autochones, parce qu’on peut bâtir un pont plus rapidement s’il y a une équipe sur l’autre rive qui contribue aussi à l’effort.

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Crédit photo: Paul Keheler

http://en.wikipedia.org/wiki/File:Construction_Workers.jpg

licence Creative Commons

Dernier commentaire
Marc Normand

Article très intéressant et propos rafraichissants! Je travail à la Société d’aide au développement des collectivitées (SADC) de la Côte-Nord. Et nous travaillons présentement à la mise en place d’une table de concertation ayant pour principal objectif, la construction d’un pont entre les communautés voisines de Sept-Îles et de Uashat mak Maniutenam. Je ne sais pas comment nous pourrions contribuer à ce chantier dont vous parlez, mais il est certains que nos visées sont les mêmes. Je pense qu’une prise de conscience collective s’opère au Québec; un « timing » se dessine en faveur de changements de fonds dans les relations entre autochtones et allochtones.

Publié le 21 décembre 2011
jorganisme

Je ne suis pas du Canada ni du Québec mais plutôt un lointain Burkinabè,je puis vous dire que votre projet est tout à fait louable et il suffit d’une volonté de part et d’autres.Ce genre d’idées sont parfaite je vous souhaite beaucoup, de courage.

Publié le 27 décembre 2011
Josée Laflamme

Bonjour! Kuei
Je suis une québécoise qui vit en ville avec un autochtone Innu. L’idée de créer un programme de jumelage entre Québécois et autochtones en milieu urbain pour accueillir mieux et créer de meilleurs liens directs, cela m’interpelle beaucoup. Je suis ethnologue et je connais bien le milieu innu. J’aimerais savoir s’il est possible de s’impliquer et de travailler à ce projet éventuel et si oui, qui contacter pour en discuter et offrir mes services?
Merci de bien vouloir me répondre à ce sujet
Bien à vous
Josée Laflamme

Publié le 16 janvier 2012
Marc Saindon

Pour l’instant, un groupe de travail a été formé pour lancer un projet de jumelage entre une école autochtone et une école québécoise. On espère des résultats dans le cours de la prochaine année. Évidemment, si d’autres projets veulent se greffer à Génération d’Idées pour promouvoir la causes des Autochtones, c’est toujours souhaitable. :)

Publié le 5 février 2012
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