Événements estivaux : quoi faire et ne pas faire avec les étudiants

par Sébastien Boyer et Geneviève Dorval-Douville
8 août 2012

Après plus de cent jours de manifestations de toutes sortes, force est de constater que le conflit actuel n’est pas comme les autres. Différent car il engage une nouvelle génération, une génération qui maîtrise les médias sociaux et qui demande plus de transparence et de consultation[i], non pas pour ralentir ou bloquer, mais pour mieux construire ensemble.

Cette génération n’est pas aussi polarisée gauche droite que certains commentateurs le laissent croire. Les gens dans la rue ne sont pas tous des anticapitalistes, loin de là. Et rappelons que le contexte de mécontentement créé par la loi spéciale a amené la cause à s’élargir et à faire se côtoyer dans la rue aînés, enfants, parents, étudiants et travailleurs.

S‘il y a un point qui réunit ces gens et que vous devez comprendre pour réussir votre festival ou évènement, c’est qu’ils détestent les secrets, les décisions derrière les portes closes et les apparences de conflit d’intérêts.

L’erreur #1, c’est le Grand Prix du Canada qui l’a fait en annulant la journée portes ouvertes avant même d’avoir rencontré les dirigeants étudiants. Son promoteur, François Dumontier, n’a-t-il pas entendu, au cours des 100 derniers jours, des gens de tous horizons demander, scander et en appeler à un dialogue et surtout, au respect et à la considération? Oui, les propos de certains représentants étudiants, tout comme certains événements des derniers mois, peuvent faire craindre des débordements potentiellement dommageables. Mais, l’annulation d’une journée portes ouvertes n’empêchera pas les débordements les autres jours, ni ne rassurera les visiteurs, ni ne remplira les hôtels, les restaurants et les estrades.

La solution, pour que les divers évènements de l’été se passent bien, c’est de faire ce que le gouvernement n’a pas fait, ou si peu : rencontrer les étudiants, leur parler, collaborer avec eux, sans pour autant prendre position, car ce n’est pas le rôle d’un festival ou d’un promoteur de Grand Prix que de le faire.

Il y a en effet plusieurs actions qui pourraient s’avérer gagnantes-gagnantes pour toutes les parties. Nous en proposons ici quelques-unes, mais SVP ne tombez pas dans le panneau : aucune de ces idées ne peut être mise en application sans une discussion préalable avec les étudiants, car elles ne sont que celles de deux blogueurs aucunement impliqués dans le conflit actuel. Même si vous trouvez certaines de ces idées intéressantes, la règle numéro 1 demeure : allez rencontrer les étudiants, échanger avec eux sur leurs attentes et les vôtres, et collaborer pour trouver ensemble la meilleure façon de faire de votre événement un succès avec eux, et non contre eux.

Voici donc quelques-unes de nos idées :

  • Offrir des kiosques au étudiants afin qu’ils puissent présenter leur point de vue et ce, peu importe leur opinion : Rouge, Vert, Blanc, Noir, Rose avec des points bleus.
  • Permettre aux étudiants de distribuer des carrés de couleur lors des évènements.
  • Laisser les employés, artistes et artisans libres de s’exprimer sur le sujet en portant un carré ou de toute autre façon.
  • Voir si certaines manifestations et actions des étudiants pourraient s’intégrer de manière festive à l’ambiance de votre festival ou événement.
  • Trouver une stratégie commune pour communiquer aux festivaliers et touristes qu’il n’y a pas péril en la demeure, et qu’ils pourront profiter des événements tout en ayant un aperçu des débats en cours dans la société.

Les festivals y gagneront, car les étudiants vont apprécier ce geste et limiteront leurs actions de perturbation, outre quelques casseroles. Et il y a même sûrement moyen, avec un peu de collaboration et de créativité, de tourner le tout à votre avantage.

Les étudiants vont aussi y gagner, car les festivals, c’est aussi le moment de l’année où les 450, les 418, les 819, les Ontariens et le reste du monde viennent passer quelques jours à Montréal. Pour l’instant, beaucoup de ces gens-là pensent qu’une casserole, c’est dangereux; ce sera le moment pour les étudiants de les convaincre du contraire et de mettre l’opinion publique, d’ici et d’ailleurs, de leur coté.

Dans cette optique, tous gagneront à avoir un été rempli de festivals extrêmement populaires!

Sébastien Boyer (Twitter @sboyer29) et Geneviève Dorval-Douville


[i] À preuve, quelques exemples de propositions venant de groupes composés majoritairement de jeunes :

Montréal Ouvert et Génération d’idées

Institutions démocratiques : Établir une politique de gouvernement ouvert (données ouvertes/open data)

Génération d’idées

Grands projets : Migrer d’un processus de consultation publique vers un processus d’élaboration collective des projets