Le remaniement récent du décor politique québécois laisse entrevoir l’émergence d’une dualité renouvelée opposant les groupuscules situés aux deux extrémités du spectre politique (i.e. la gauche socialiste incarnée par Québec solidaire et la droite économique représentée notamment par l’Institut économique de Montréal). Cette opposition où l’on retrouve les forces du « bien » (le social et l’environnemental) et les forces du « mal » (le capital et le marché) ne date évidemment pas d’hier, mais il semble que ce fossé idéologique traditionnel se creuse progressivement au Québec.
D’une part, il y a les fervents du « capital » qui sont prêts à vendre corps et âme en échange de quelques points de rendement supplémentaires, même si cela se fait au détriment de l’environnement ou des moins biens nantis. Selon cette école de pensée, il est préférable de jouer à l’autruche à court terme (afin de protéger les gains actuels) en espérant que le marché sera assez flexible pour absorber les retombées à long terme. Il est alors permis de faire une abstraction quasi totale des enjeux non monétaires (c’est-à-dire les enjeux sociaux). Cette confiance aveugle dans un système que l’on pousse à pleine vapeur est tout à fait illogique.
D’autre part, on retrouve les défenseurs du social et de l’environnemental qui prônent le partage de la richesse, le développement durable et la solidarité sociale. On ne peut évidemment pas s’opposer à la vertu. Par contre, dans un monde où tous ces souhaits impliquent nécessairement des fonds publics, il faut évidemment avoir les moyens de ses ambitions. C’est justement ces moyens que le « capitalisme » offre à la société québécoise. Effectivement, c’est ce même « capital » qui nous offre un niveau de vie sans précédent dans l’histoire de l’humanité et qui nous permet d’investir comme jamais dans le développement et la protection de la dimension sociale. Cette fixation quasi maladive sur la création de la richesse n’est donc pas nécessairement contre-productive si elle est gérée lucidement dans une perspective de développement durable.
Un examen de conscience collectif est donc incontournable si l’on souhaite véritablement se préparer pour les enjeux critiques qui nous guettent si le statu quo actuel n’est pas renversé. Un échange sérieux entre les différents groupuscules doit être entamé afin de déterminer quels échanges seront profitables pour ces intérêts divergents en apparence.
Quelques exemples :
§ Augmenter les tarifs d’électricité pour réduire la surconsommation d’énergie (enjeu environnemental) et pour engendrer des revenus supplémentaires afin de réduire le fardeau de la dette (enjeu économique – alléger le service de la dette qui est de 7,6 milliards de dollars annuellement);
§ Permettre l’insertion raisonnable du privé dans le domaine public (pour les services complémentaires) afin de concentrer les ressources disponibles sur le développement des services essentiels (enjeu social – améliorer la qualité des services);
§ Ajuster les frais de scolarité selon l’inflation pour assurer la pérennité de l’enseignement (enjeu social) et pour améliorer la représentativité des coûts (enjeu économique – principe d’utilisateur/payeur);
§ Alléger les structures gouvernementales pour dégager des revenus qui permettront, entre autres, d’entretenir nos infrastructures en pleine décrépitude.
Il s’agit de mesures simples et concrètes qui sont évidemment discutables et facilement contestables selon les paradigmes largement répandus (qu’ils soient de droite ou de gauche). Par contre, avec un minimum d’ouverture d’esprit, on réalise rapidement que l’on ne peut pas toujours avoir le beurre et l’argent du beurre. On en revient toujours à l’idée qu’une petite pizza partagée équitablement est toujours moins intéressante qu’une grande pizza où les plus petits morceaux demeurent nettement plus gros.
Dans cette perspective, ces actions, qui peuvent être interprétées comme des reculs sociaux de prime abord, permettront, à terme, de dégager une marge de manœuvre qui donnera une plus grande latitude et une plus grande capacité d’intervention dans les domaines critiques pour le développement durable de notre société.
Étienne Langdeau


27 juil 2009 @ 0:33
Premièrement, le fait de faire payer plus cher l’électricité ne baissera en aucun cas le fait de surconsommer. Ce sont les plus pauvres qui vont en écoper et il ne pourront tout simplement plus se payer de l’électircité. Ensuite, les compagnies vont continuer de consommer autant mais vont essayer de baisser les coûts ratachés à la production en diminuant le personnels ou en diminuant tout dépense relative à la force de travail humaine, lors des prochaines conventions collectives par exemple. Sous prétexte que les coûts énergiques ont augmentés. Ironique Non. Il faut se mettre dans la peau de la grande industrie pour comprendre comment elle fonctionne.
De plus, selon la loi, la grande industrie est obligée de faire passer les gain avant tout autres objectifs comme l’environnement ou les communautés. Dans le cas contraire les actionnaires ont plein pouvoir de poursuivre les gestionnaires pour cause de contrat non respecter. C’est leur droit et rien ne peut les empêcher, la loi est ainsi faite. C’est pour cette raison que le capitalisme et les causes humaines sont opposé de plein fouet. Il faut modifier le capitalisme pour le rendre plus humain, mais quand cela sera fait on ne parlera plus de capitalisme mais de autres choses qui ne pourra pas être aussi néfaste pour l’humain et la vie.
PAtrick Desbiens
31 jan 2009 @ 13:03
J’apprécie votre rhétorique des “fins”… mais mon texte visait justement à briser ce préjugé. Le social et le capital ne sont pas nécessairement des enjeux concurrents dans une optique de développement durable.
Dans le pire des cas, même si chacun des objectifs est atteint à moitié, tel que vous le sous-entendez, cette demi-mesure est toujours préférable à l’inertie causée par l’inaction.
Je crois qu’en tant que société, on doit s’éloigner des absolus pour commencer à faire des compromis qui nous permettront de faire avancer les causes qui sont importantes pour nous.
Etienne Langdeau
28 jan 2009 @ 20:55
“Augmenter les tarifs d’électricité pour réduire la surconsommation d’énergie (enjeu environnemental) et pour engendrer des revenus supplémentaires afin de réduire le fardeau de la dette (enjeu économique – alléger le service de la dette qui est de 7,6 milliards de dollars annuellement);”
Cet exemple me semble exemplifier le problème que vous pointez et non sa solution. Vous placez dans le même moyen à la fois l’objectif du capital (les revenus qui paient la dette) et l’objectif du social (réduire la consommation énergétique). Quoique je sois tout autant que vous d’accord que ce moyen peut servir les deux fins, il sera déployé différemment selon qu’une des deux fins est mise de l’avant. Et même si aucune fin n’avait préséance sur l’autre, les deux objectifs chercheront à trouver des alternatives, car une des deux options l’emportera nécessairement sur l’autre - c’est-à-dire ou bien on réduira la consommation énergétique, ou bien on réduira la dette - ou, si on fait les deux, les deux ne seront que réussis à moitié. C’est justement un bel exemple de beurre et d’argent du beurre. Et je crois qu’aucun des deux objectifs ne serait atteint si l’on n’achetait qu’une demi-livre de beurre.