Ces dernières années, l’environnement a progressivement occupé une place prépondérante dans le discours international ; c’est comme la tarte au sucre, personne ne peut être contre. Le sujet est neutre, il est rassembleur et permet d’occulter la stagnation des libertés civiles. Comme si la chute de l’ex-URSS avait mis un point final à cette question : après tout, la démocratie a gagné non?
L’amélioration de la condition humaine est intimement liée à la nature du gouvernement qui préside à ses destinées. En Birmanie, en Tunisie, en Ouzbékistan, en Biélorussie, on arrête, torture et persécute toute opposition au gouvernement. Au Zimbabwe, la corruption et l’indifférence du gouvernement Mugabe ont fait chuter l’espérance de vie de 60 ans en 1990 à 36, aujourd’hui. Seulement 18 % de ses habitants sont satisfaits de l’état de leur démocratie. C’est sans parler de la Chine, de l’Iran et de la Corée du Nord, où l’opacité du régime empêche de peindre le portrait complet des violations des droits de l’homme. Globalement, c’est encore 2,6 milliards d’êtres humains qui vivent dans des pays non libres en 2009, d’après Freedom House, State of the World 2009.
Aujourd’hui, le reste du monde abandonne ces peuples à leur triste sort. C’est avec empressement que nous puisons les justifications pour l’inaction dans les échecs en devenir que sont l’Iraq et l’Afghanistan. Comme Ponce Pilate, nous pouvons nous laver les mains de la misère et du malheur du voisin en disant « nous avons essayé ». Reflets de leurs peuples, les gouvernements occidentaux sont bien trop heureux « d’être extrêmement préoccupés », de « condamner vigoureusement » et autres explétifs vides de sens et d’actions.
Cette impotence pue au nez. Il est évident qu’une démocratie aux institutions solides – lire sans corruption – et les libertés civiles qui l’accompagnent améliorent significativement le niveau de vie d’un peuple. Si le bien-être des populations du globe nous tient véritablement à cœur, on ne peut que supporter l’expansion de la démocratie et des libertés civiles, à la pointe d’un fusil si nécessaire.
Pour temporiser, les adversaires des interventions militaires avancent deux arguments principaux : la démocratie n’est pas exportable et s’il faudrait l’imposer, ce serait préférable par les voies diplomatiques.
Premièrement, la démocratie est tout à fait exportable : non pas les valeurs ou la pensée occidentale mais le droit d’être libre de ses actes et de son intégrité physique, de choisir son gouvernement et d’avoir un cadre de vie sécuritaire et des lois acceptées par la majorité.
Deuxièmement, la diplomatie sans guerre est un canard boiteux: « la guerre n’est que le prolongement de la politique par d’autres moyens » – Clausewitz. La diplomatie sans la guerre, c’est un policier sans les contraventions, c’est un tigre édenté et dégriffé, ce sont des sanctions économiques qui jouent le jeu du despote en place en affaiblissant la population locale. La diplomatie sans guerre, c’est le rappel d’un ambassadeur ; oh ! que le monde chie dans ses braies quand ça arrive. La diplomatie sans guerre, c’est cette façon qu’ont les gouvernements de berner les leurs en prétendant qu’ils ont « fait quelque chose », même si l’histoire des sanctions économiques est une succession d’échecs. Il est simplement utopique de penser que les autocrates de ce monde vont abandonner le pouvoir parce que l’Occident le leur demande gentiment ; sans guerre, ou sa menace, pas de résultats.
Si certains États se prêtent moins à une intervention militaire parce qu’il est hautement probable que l’on remplacerait un tyran par un autre, d’autres sont des candidats évidents. En 1990, la junte militaire birmane pensait légitimiser son précédent coup en organisant des élections. La Ligue nationale de la démocratie de Aung San Suu Kyi remporta les élections avec 80 % des suffrages exprimés. Ce fut le début et la fin de la démocratie en Birmanie; à ce jour, la leader du mouvement demeure en détention.
Finalement, l’environnement et l’expansion de la démocratie et des libertés civiles ont quelque chose en commun : tout le monde est pour, mais personne ne veut faire sa part.


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